Kimberly Ecrit

humeurs, histoires, et autres bla bla - c'est déjà ça

Tu comprendras quand tu auras des enfants

C’est LA phrase que mes parents dégainaient à bien des occasions. Quand ils (lire maman) me demandaient de ranger ma chambre, que j’avais l’impression qu’ils me disaient non à tout, qu’ils semblaient avoir trente-six bras et tenir des journées d’autant d’heures ou encore quand ils me veillaient, malade.

Mes parents réagissaient différemment lorsque j’étais malade et à bien y regarder ils ont conservé la même attitude. Ma maman s’énervait et utilisait principalement l’impératif « mais qu’est-ce que tu as encore?! » – « mange! » – « dors! » – « Vicks! » (à toi qui me lit si tu as des proches, des ami.es, collègues d’origine philippine, demandes leur si leur maman utilisait du Vicks quand ils étaient malades. Je te parie que oui!).

Mon papa basculait plutôt en mode panique et c’était toujours très interpellant pour moi de voir cet homme plutôt « économe » en démonstration de sentiment être submergé par l’inquiétude. « Je voudrais tellement être à ta place et t’enlever ce mal » mais c’était impossible alors le traitement consistait en du coca dégazéifié, Petit Suisse avec cassonade et dessins animés.

Je n’ai pas grandie avec de l’aromathérapie maison ou de l’homéopathie, j’ai été dans une école à pédagogie active mais pas de type Montessori, mes parents ne fabriquaient pas leurs produits d’entretien made in naturel et je pense même qu’il n’y avait pas de siège auto dans la voiture. Et je vais bien. Je pense sincèrement que chaque parent fait ce qu’il peut avec ce qu’il a, ce qu’il sait mais que face à son enfant malade on perd tout repère.

En devenant maman j’ai réalisé que l’énervement de la mienne n’était pas dirigé contre moi mais contre elle-même. Que n’ai-je pas fait correctement? Ai-je fait quelque chose que je n’aurai pas du? Je prends toutes les précautions nécessaires mais ça ne suffit pas.

Quant à l’inquiétude de mon papa elle semblait concrétiser l’évidence qu’il ne pourrait pas toujours me protéger des coups durs de la vie mais qu’il pouvait m’apprendre à esquiver et répliquer.

J’ai beaucoup culpabilisé quand j’ai appris l’hyperlaxité de mon fils. Je me suis demandé si c’était de ma faute, et face à une bronchiolite ou une otite, qui restent des maladies infantiles classiques, je deviens colère contre moi-même, je me dis que j’ai failli à mon devoir de le protéger.

Cela a fait naître en moi une douce et immense pensée aux parents d’enfants gravement malades ou avec un handicap. Être parent mobilise tant de ressources, tant d’énergie, nous repousse dans nos retranchements et vous, vous le savez mieux encore plus que quiconque. L’annonce d’une terrible nouvelle, le temps qui s’arrête. Des protocoles et des traitements. Mettre sa vie entre parenthèses pour se consacrer à préserver celle de son enfant…Chapeau bas. Je n’ai pas les mots mais j’ai l’admiration.

Et puis parfois la colère et l’inquiétude changent de camp. On s’en fait pour ses parents. Un parent ça dit souvent « t’en fais pas pour moi, tu as ta propre famille maintenant ». Mais quand on a grandit avec amour et qu’on a vu des gens s’inquiéter pour soi on ne peut que s’inquiéter à son tour. Et pour ça il ne faut pas forcément avoir des enfants pour le comprendre.

Un commentaire

  • Gwen Aime

    La parentalité dans ses aspects de maladie ou de handicap nous berce de questionnements et d’angoisses, et c’est presque viscéral…

    Ce qui m’est le plus difficile, c’est que cela fait partie des choses sur lesquelles on n’a que peu de maîtrise.
    Il faut continuer à avancer nous dit-on, mais avec l’attente d’un diagnostic pour son enfant souffrant de maladie ou de handicap, c’est franchement loin d’être aisé. Je lisais quelque part que pour sortir du tunnel, la seule façon était de ramer dans ce tunnel, avec la boue et les trucs tout mous. On est obligé d’avancer. L’inconfort, c’est de rester statique.
    Et puis, parfois, le risque est de s’oublier, soi, parent, adulte, humain, dans l’histoire. Et ça, c’est un réel danger aussi…

    Quant au cycle de la vie, celui qui nous place un jour comme les aidants proches de nos parents qui ont si bien pris soin de nous… je le redoute, il me peine…

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