Kimberly Ecrit

humeurs, histoires, et autres bla bla - c'est déjà ça

Terrain de sport, terrain de lutte féministe.

Les personnes qui me suivent sur Instagram le savent, le sport occupe une place importante dans ma vie et ce depuis l’enfance. De mémoire, mes parents ne m’ont jamais poussé à pratiquer un sport ou tout autre activité en particulier, comme ces parents qui ne semblent pas toujours se rendre compte qu’ils gonflent les journées de leur(s) enfants entre le solfège, le cours d’anglais, le foot et les mercredis piscine après l’école mais aussi les week-ends.

J’aimais les chevaux, « ton école organise des cours avec un manège tu ne voudrais pas essayer l’équitation? » et c’est ainsi que ça a commencé. Le kung-fu a suivi sur le même principe. Ma maman était fière, jusqu’à ma première chute de cheval. « Tu ne veux pas plutôt faire de la danse? ». Je ne me souviens pas de ma réponse mais d’après-elle j’aurai répondu « franchement maman, tu me vois en tutu? ». Ça sonne tellement moi, c’est plus que probable.

Si je parle de cela aujourd’hui c’est parce que j’étais persuadé que ma plongée en terre féministe a commencé avec ma grossesse. A l’avenir et à l’éducation que j’envisageais pour mon enfant, un garçon qui plus est. Mais en fait non, cela remonte à bien plus loin que ça, sauf que je ne savais pas que cela portait un nom.

En triant des photos, en plongeant dans mes souvenirs, il n’y a pas de trace de moi en costume de princesse. J’ai été Batman, cowgirl, clown et tout de même danseuse de flamenco pour la fête de l’école, maquillée comme un camion (deux fois clown donc). Plus tard, ma maman m’apprendra à cuisiner, non pas par peur de rester vieille fille incapable de satisfaire les appétits de son homme mais pour éduquer mon palais et être autonome. Quand on parle encore aujourd’hui de cuisinier, on pense à un homme, un chef étoilé . La cuisinière, elle, c’est la cantinière. Celle qui sert une potée infâme et racle les assiettes (écouter à ce sujet l’épisode du podcast Les couilles sur la table). Quant à mon papa, il insistera pour que je passe le permis de conduire, soulignant que je ne dois jamais être dépendante de qui que ce soit, et certainement pas d’un homme. En y repensant je ne peux m’empêcher de penser non seulement au fait que pendant longtemps la conduite était interdite aux femmes ( notamment cette date, le 24 juin 2018 le prince Mohamed ben Salman a mis fin à l’interdiction de conduire aux femmes en Arabie saoudite) mais aussi aux liens particuliers qu’entretiennent certains hommes avec les voitures, métaphore (rêvée) de leur puissance sociale et/ou sexuelle.

Ou encore lors de mon mariage (ah, vaste question, peut-on se marier et être féministe). Quelle ne fut pas ma surprise lorsque des amis de mon mari m’ont appelé par son nom de famille. C’était une boutade, certes, mais interpellante. « Ah bon, je pensais que tu avais changé de nom ». Mais pourquoi aurai-je fait ça, ça ne m’est même jamais venu à l’idée.

Et enfin à la naissance de notre enfant. Les enfants prennent le nom du père, c’est ainsi. Mais pourquoi? À moi les nausées, les vergetures, le visage enflé, à moi le souffle court, la peur au ventre, la douleur, à moi les crampes, les insomnies et le sang, tout ce sang. À moi l’épuisement, les crevasses, les larmes et la dépression. Je donnerai tout de moi mais pas mon nom? La loi du 01er juin 2014 a mis fin à l’héritage systématique du nom du père et permet de choisir le nom du père, de la mère ou une combinaison des deux. Sans aucune hésitation nous avons alors opté pour cette option.

Et ma pratique sportive ne fait pas exception. Je n’avais jamais pensé, jusqu’à l’adolescence, qu’il y avait des sports soit disant plus masculins ou féminins que d’autres. Je pratiquais alors des sports mixtes – l’équitation et le kung-fu – , sans me douter que ça n’a pas toujours été le cas, loin de là. L’homme chevauche, il va au combat. La femme est chevauchée, elle est soumise. L’homme est un guerrier, seul apte aux arts martiaux. La femme n’a rien à voir avec le monde de la guerre, son monde à elle se limite à la maison. Petite chose fragile, incontrôlable, incapable de faire couler le sang car elle perd déjà le sien plusieurs jours par mois.

Le sport a toujours été un lieu sécure pour moi mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Harcèlement moral, violences sexuelles, homophobie, racisme. Je n’ai jamais perçu le sport comme un moyen d’être svelte ou pour me sculpter cette bêtise de summer body. En revanche j’ai désormais complètement conscience que c’est aussi encore aujourd’hui intrinsèquement lié à l’exploitation du corps féminin. Les femmes ne peuvent pas faire certains mouvements, ça les rendrait stériles (et encore cette bonne vieille injonction à se reproduire), une femme avec des muscles c’est moche (parce qu’une femme c’est juste un corps). C’était et c’est encore un moyen pour moi de me dépasser, de rester en forme mais c’est désormais aussi un terrain de lutte féministe. Un moyen de briser les stéréotypes de genre.

Je ne peux ni ne veux plus limiter ma pratique sportive à mon salon et mes entraînements en club. Je ne veux plus limiter mon intervention à des publications sur les réseaux sociaux. Je veux faire plus. C’est aussi ce qu’on reproche souvent aux femmes, leur manque d’ambition. Mes parents m’ont appris que je pouvais avoir plus, que j’étais légitime. Pendant des années le sport a occupé une place importante dans ma vie. Je réalise que le sport, c’est ma vie.

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