Kimberly Ecrit

humeurs, histoires, et autres bla bla - c'est déjà ça

Petit éloge de la colère

Chaque époque a du faire face à son lot de défis mais aussi d’innovations. Je ne peux évidemment pas l’affirmer avec certitude mais je suis prête à parier qu’au moins un individu dans l’Antiquité ou au 19e siècle s’est un jour dit  » Bon sang ma chère Lucette, comme tout cela va trop vite! » (peut-être pas dans ces termes exacts mais le fond y est). Que toute chose évolue et change cela participe à la marche du monde mais son rythme effréné peut autant nous réjouir que nous effrayer. Je comprends dès lors que certains éléments immuables ou qui semblent l’être peuvent apparaître comme rassurant. Mais pas tous.

Parce que s’il y a bien quelque chose qui, pour notre plus grand malheur, traverse le temps sans prendre une ride c’est le « cassos ». Il est partout et de toutes les époques. Le cassos n’a pas de genre, il n’a pas de couleur, il n’a pas de classe sociale. Le cassos serait le porte-parole idéal de l’union et de l’amour entre-tous si seulement il n’était pas ce boulet de merde que tout le monde déteste.

Tu en connais, tu le croises à plusieurs reprises, peut-être dois-tu le côtoyer au quotidien. C’est ce couple qui doit absolument parler pendant le film ou en décrire chaque action. Chaque. Action. C’est ce collègue généreux, à sa façon, qui partage ses germes et ses fluides en open space à qui mieux mieux: il tousse, renifle, éternue, crache quand il ne vomit pas, sans se couvrir ou se préoccuper de quoique ce soit. Better out than in n’est-ce pas.

Mais le cassos ce n’est pas nécessairement un individu, c’est aussi une philosophie, un art de vivre. Je fais chier donc je suis.

Ce sont tous ces sons aussi improbables que répugnants que les gens font quand ils mangent. Et en même temps, ignorant que le corps humain pouvait émettre de tels bruits, te voilà ébahi. Est-ce une hyène, est-ce un broyeur, qui peut le dire?

Le cassos a également sa cathédrale, son lieu saint dans lequel il déploie tout son potentiel: les transports en commun. Je vous avoue que ce qui m’a convaincu d’investir dans un casque Bose ce n’est pas tout ce fric en trop dont je ne saurai que faire (la dernière fois que j’ai vérifié il n’y avait toujours pas d’âne qui chiait des pièces dans mon salon) mais la nécessité de me préserver psychologiquement entre ceux qui balancent leur musique à fond (gardes ta daube pour toi stp, vraiment, on ne voudrait pas t’en priver) et ceux qui gueulent leur vie dans les détails parfois les plus intimes. C’est le jour où forcément je n’avais pas mon casque que je me suis retrouvé face à une dame qui, manifestement en manque de public, a dû voir dans ce bus plein à craquer l’opportunité rêvée de raconter la sordide affaire de moeurs dans laquelle son fils semblait impliqué. Passion malaise.

Est-ce qu’on parle tant qu’à faire des gens qui restent à gauche dans les escalotors et ne bougent pas? De ceux qui restent systématiquement devant les portes mais ne doivent jamais descendre à l’arrêt d’après ou qui te collent et te poussent pour passer les portiques? Je vous déteste. Tout le monde vous déteste mais peu l’avoue. C’est tout. Be the change you want to see absolument d’accord sauf que pour le coup ça ne change rien. Et râler ne change pas grand chose non plus, d’accord à nouveau. Mais qu’est-ce que ça fait du bien.

Tout va vite, ça a changé, ce n’est plus comme avant. On ne sait pas dire précisémment ce qui se cache derrière ces tout, ça et ce mais on le ressent et moi je le ressens particulièrement à l’égard de la colère. Qu’est-ce que la colère finalement ? C’est un sentiment qui naît du non-respect ou de la transgression d’un besoin ou d’une valeur qui nous touche et je crois en ses vertus saines. Je suis convaincue qu’un coup de gueule de temps en temps non seulement a de quoi nous calmer, assez paradoxalement, mais ça nous rappelle aussi que nous ne plaçons pas tous le curseur de ce qui est acceptable ou pas au même endroit parce que c’est culturel, parce que c’est une question d’éducation…peu importe. Davantage que la bienveillance, la colère est le sentiment qui me reconnecte le plus avec mon humanité, mes valeurs, mes principes, mes travers. Je la considère comme une extraordinaire alliée quand je veille à ne pas la laisser me dévorer. Râler ne va rien changer en tant que tel mais peut initier un changement de réflexion ou d’attitude or c’est mal vu de s’énerver, d’hausser la voix. Si un homme s’énerve, au mieux son comportement sera jugé normal, une affirmation de sa masculinité, il sait ce qu’il veut et le revendique. Au pire c’est forcément un psychopathe qu’il faut envoyer en thérapie de gestion de la colère. Il n’y a pas d’entre-deux. Si c’est une femme on la pensera hystérique avant de lui dire mais caaaalme-tooooooooi, t’as tes ragnagna ou quoi? Parce qu’évidemment seul un facteur hormonal expliquerait qu’elle sorte de son rang de femme « comme il faut bien à sa place ».

Colère je fais ton éloge. Les critiques et la jalousie m’indiffèrent mais les incivillités, des plus insignifiantes aux plus agaçantes, les injustices les plus révoltantes me touchent et me mettent en colère. Et puis de vous à moi, lorsque le verbe est haut et le mot bien mâché, la gueulante a une classe folle que son nom n’a pas.

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