Kimberly Ecrit

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Naître ou ne pas naître pour sauver la planète?

Réduire ou repenser sa consommation et par conséquent ses déchets, devenir végétarien ou vegan, troquer sa voiture pour des moyens de mobilités douces,…si les gestes pour réduire son empreinte carbone sont multiples ils sont de plus en plus nombreux à militer pour ce qu’ils pensent être le geste écolo le plus efficace : ne pas avoir d’enfant.

L’actualité n’a rien d’enchanteur et chaque nouveau scénario décrit à l’heure du jt se veut plus alarmant que le précédent. La terre a chaud. Elle semble destinée à manquer de tout, sauf d’habitants. Plus de 7 milliards d’individus de nos jours et les prévisions démographiques de l’ONU tablent sur 9,8 milliards à l’horizon 2050 apportant avec elles leurs lots de préoccupations : logement, travail, nourriture, éducation, santé pour ne citer que celles-là.

Assis sur le canapé, Leo endormi, mon mari et moi nous nous sommes alors prêtés au jeu des pro et contra, sans faire l’impasse sur quelques clichés histoire de voir si on pouvait les démonter ou se faire piéger.

« La solution, c’est l’adoption »

Cela a du sens. Satisfaire son envie d’avoir un enfant sans en ajouter un à une terre déjà bien remplie. C’est néanmoins un véritable parcours du combattant car l’adoption ne répond pas en premier lieu à l’envie de fonder une famille mais au besoin de protéger un enfant qui n’a plus de parent.  La route de l’adoption est longue et semée d’obstacles : un encadrement strict réglementé par la loi, des frais conséquents et de lourdes démarches administratives (visites, contrôles, attestations, capacité financière,…). Il est donc plus « facile » de concevoir un enfant que d’en adopter un et cette réalité peut décourager.

 « Y a pas plus écolo »

Aux Etats-Unis ceux qui ont fait ce choix ont même un nom, les GINK pour Green Inclination, No Kids.
D’après les GINK concevoir un enfant est une décision qui doit être murement réfléchie au regard de l’intérêt de tous (entendu de la planète, de ses ressources et de ses habitants) et non pas céder à un acte qui ne semble répondre à rien d’autre qu’ à une envie égoïste.
Et c’est là où le bât blesse pour nous car tout en pointant l’absurde du cliché du couple marié avec enfant(s) et prêt hypothécaire ils en glorifient d’autres : carrière professionnelle épanouissante, spontanéité dans ses décisions, liberté totale, sommeil préservé, etc…comme si avoir un enfant n’était pas compatible – moyennant certains aménagements, certes – avec ces envies et libertés qui, à bien y regarder, sont tout aussi égoïstes.

« Que tous ces gens en Afrique arrêtent déjà d’avoir des enfants et ça ira beaucoup mieux »

Vous avez comme une impression de déjà vu ? C’était peut-être votre tonton qui a sorti ces mots plein de sagesse lors du dernier repas de famille et vous n’avez pas su quoi lui répondre. La prochaine fois vous pourrez lui dire que c’est une pensée bourgeoise (ndlr : garder le fond mais miser sur une autre forme, histoire de ne pas foutre la merde – quoique). On pourrait évoquer l’accès à la contraception qui reste difficile mais ça n’en demeure pas moins qu’ un point de vue essentiellement occidental. Quand en Europe on calcule le coût que représente l’arrivée d’un enfant (maison, voiture, poussette, langes, crèches, nourriture, soins médicaux et autres), en Afrique ou en Asie on envisage plutôt ce que l’enfant peut apporter à sa famille. Si on s’en tient à l’empreinte carbone générée, ce n’est pas la natalité en Afrique qui est la plus problématique ! Dans les zones agraires les plus reculées dépourvues de l’assistance des machines ce sont les forces vives et l’huile de coude qui entretiennent la famille. Plus encore c’est la vision de la famille qui est différente : on se limite à la cellule des parents voire des grands-parents en Europe quand sur d’autres continents les oncles, tantes, voire amis les plus proches sont impliqués dans l’éducation des enfants.

« C’est le gouvernement qui doit prendre ses responsabilités et légiférer pour des mesures contraignantes de contrôle des naissances, voire imposer la stérilisation »

L’exemple, et l’échec, le plus parlant étant la politique de l’enfant unique instaurée en Chine de 1979 à 2015 avec ses millions d’ avortements forcés, son trafic et abandons d’enfants (filles). Ce serait également nier le poids des croyances et traditions dans certaines communautés où l’avortement et la stérilisation n’ont pas leur place ou à l’inverse aller à l’encontre du droit de disposer de son corps comme on l’entend.

« Le monde va mal. Avec les guerres, le terrorisme, ce serait vraiment irresponsable »

Effectivement même les plus optimistes d’entre nous n’emmènent pas large. Et pourtant quand on y pense chaque époque a été confrontée à son lots de défis et de craintes. La peur est utile quand elle n’est pas paralysante, on s’adapte et agit en conséquence. Ce qui semble différent c’est l’accumulation des situations instables et angoissantes. Mais se laisser guider par la peur revient à arrêter tout projet, toute initiative. On cesse de vivre, tout simplement.
Fait paradoxale, la peur trouve ses racines dans un réflexe primaire : survivre…et assurer la survie de l’espèce.

« Avoir des enfants n’est pas le problème, c’est la société de surconsommation dans laquelle ils vont naître ou grandir qui l’est »

La situation est grave mais elle peut changer. Les puissants à la tête de nos gouvernements s’obstinent à enfouir la leur dans le sable et dénigrent les manifestations répétées en faveur du climat or la question environnementale concerne tout le monde, tout partis politiques confondus. Sans ressources suffisantes et avec des milliers (des millions) de réfugiés climatiques, le libéralisme économique à outrance ne peut que prendre l’eau également.
Il n’y a pas d’âge pour (s’)éduquer et se remettre en question, il n’est trop tard que lorsqu’on est mort. C’est sur ce point que nous nous sommes arrêtés parfaitement d’accord. L’éducation est la clé, encore et toujours.

Est-ce donc bien raisonnable d’avoir un enfant dans ces conditions ? Ironiquement penserez-vous peut-être, je ne me suis vraiment posé la question qu’après la naissance de mon fils. C’est sa naissance qui a marquée celles de nombreuses remises en question dans ma vie dont mon rapport à la consommation et à l’environnement. Pour moi et son avenir car j’ai décidé d’être optimiste.

Et pour terminer, pourquoi pas voir/lire Capharnaüm de Nadine Labaki et Le premier siècle après Béatrice de Amin Maalouf.

2 commentaires

  • Steffi

    Merci pour cet article super complet ! Je n’en ai sincèrement pas encore lu d’aussi intéressant sur le sujet, c’est souvent beaucoup trop partial ou il n’y a que très peu d’aspects abordés.
    Pour ce qui concerne l’adoption, c’est effectivement le parcours du combattant mais si la volonté première des futurs parents est de porter secours à un enfant sans parents et pas de fonder une famille, c’est mal parti. Je leur conseillerais plutôt de se tourner vers le parrainage via des associations ou de devenir famille d’accueil. L’adoption, c’est pour la vie et c’est fonder une famille. C’est de l’amour d’une famille plus que de protection dont a besoin un enfant adopté. Les futurs parents doivent être prêts à aimer de manière inconditionnelle un enfant qu’ils n’ont pas conçu. C’est pas évident pour tout le monde mais c’est vraiment la clé. Et c’est un challenge parce qu’il s’agit d’enfants qui ont en eux un trauma lié à l’abandon, ce qu’il faut sérieusement prendre en compte.

    • KimberlyEcrit

      Et merci à toi pour ton retour! Excellente idée le parrainage et la famille d’accueil – où j’imagine les conditions doivent aussi être strictes

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