Kimberly Ecrit

humeurs, histoires, et autres bla bla - c'est déjà ça

Ma sélection de confinement

Novembre 2020. La Belgique vit son second confinement, repoussée dans ses retranchements par un virus qu’il ne faut plus présenter. A l’heure où nos libertés, aussi élémentaires nous paraissent-elles, sont drastiquement restreintes, nombre d’entre nous n’hésitent pas un seul instant à user de mots tels que punition, enfermement ou prison pour qualifier cette situation.

Or je suis prête à parier que ce sont celleux-mêmes qui de la prison justement ne savent pas grand chose, si ce n’est les représentations fantasmées que nous servent le cinéma et toutes ces séries-vitrines à la gloire de l’ordre et de la loi. Pour ma part, et ayant visité des prisons en Belgique, j’ai voulu me replonger dans les cours et ouvrages de mes années de criminologie et les aborder avec un regard neuf, orienté sur l’actualité et les sujets qui me tiennent particulièrement à coeur depuis bientôt trois ans. La prison m’a semblé être un sujet on ne peut plus approprié, aussi me suis-je délecté des ouvrages suivants:

« Pour elles toutes » – Gwenola Ricordeau

Véritable coup de coeur pour le travail de cette sociologue et assistance en justice criminelle à la California State University. « Pour elles toutes » nous offre une analyse en profondeur de ce que la prison fait aux personnes qui y sont incarcérées mais aussi à celles qui se présentent à ses portes, ses parloirs, qui assurent le maintien du lien par-delà les grilles et portent le poids de la stigmatisation de la prison. Des femmes, la plupart du temps et sans surprise.

Mais aussi comment la prison et le système punitif dans son ensemble se servent des violences faites aux femmes pour justifier le durcissement pénal. A l’heure où de nombreuses voix s’élèvent pour revendiquer de nouvelles lois et des peines plus lourdes, notamment dans le cadre de violences conjugales, Gwelona Ricordeau dresse le constat sans ambiguïté de l’échec de la prison et du système pénal: en dépit des lois et des punitions prévues la violence envers les femmes n’a pas baissée, de plus le passage par la case prison n’empêche en rien la récidive, sans compter que toutes les femmes ne sont pas égales face à la machine pénale (celles sans papiers, isolées, aux faibles ressources financières).

Avec cet ouvrage l’autrice fait se rejoindre les luttes féministes et les luttes abolitionnistes du système carcéral et pénal dans son ensemble, deux terrains présentés pendant longtemps comme antagonistes.

« La prison est-elle obsolète? » – Angela Davis

Poser la question revient presque à y répondre et pour comprendre cette prise de position il nous faut d’abord revenir sur les origines de la prison, son histoire, ses fondements à la fois racistes, classistes et sexistes, comment elle perpétue l’esclavage ou comment les entreprises ont tout à gagner à ce que les prisons ne se vident pas.

Mais aussi comment le genre structure le système carcéral. De fait historiquement les femmes ont longtemps subi des châtiments non reconnus comme tels. Ainsi lorsque l’enfermement est peu à peu devenu la norme en matière de répression publique, aux hommes la prison, aux femmes les instituts psychiatriques car la femme déviante était, et est encore bien souvent aujourd’hui, perçue et considéré comme malade mentale.

Même si cet essai concerne l’administration pénitentiaire et la politique pénale américaine et ne peut donc être transposé tel quel à ce qui est d’application en Europe et plus précisément en Belgique, le constat est le même partout: la (peine de) prison échoue dans ses soi-disant desseins de repentance et de protection de la société.

Et pour cause, c’est en amont que l’action doit s’opérer, en s’attaquant aux facteurs « permettant » la violence et de rappeler la nécessité de repenser l’accès à l’éducation, aux soins de santé, à la formation, au logement…bref à tout ce qui permet de sortir du rapport de dépendance et de favoriser l’autonomie et l’indépendance.

L’une comme l’autre prône donc l’abolition de la prison et du système pénal ce qui ne signifie pas pour autant absence de toute justice. Elles s’appuient ainsi sur les modèles de justice restauratrice, réparatrice et transformative. Ce sujet sera détaillé dans une prochaine newsletter Soeurcière.

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