Kimberly Ecrit

humeurs, histoires, et autres bla bla - c'est déjà ça

C’est quoi, être un homme?

As-tu froid, faim, faut changer ta couche peut-être?

Tu tousses de nouveau?! Mais tu veux quoi, je ne comprends pas!

Tant que bébé ne parle pas (et peut-être même encore quand il parle…) le dialogue se veut surtout interprétation des cris, des pleurs, des « on-ne-sait-pas-trop-quoi ». On me dit d’en profiter car le temps des questions incessantes arrivera bien vite. Pourquoi c’est chaud, où va l’eau des toilettes mais aussi pourquoi le monsieur est noir ou comment on fait des bébés.

Je me suis rendue compte que je ne redoutais pas ces questions. En revanche que lui répondre si il me demande un jour « Maman, c’est quoi être un homme? »

Pour lui répondre je dois déjà m’interroger sur la façon dont moi-même et son papa l’envisageons. A voir comment nous l’habillons, quels jouets nous privilégions, aurions-nous notre petite idée ?

Le casse-tête du dressing

Si vous avez un garçon, si vous êtes vous-même un mec alors ce qui suit n’est en rien une révélation: on a vite fait le tour des rayons.

Récemment je me suis rendue en boutique, juste pour voir ce qui se faisait en ce moment, et je n’ai pu que constater une fois de plus que les vêtements pour garçons n’occupaient qu’un espace réduit quand tout le reste était destiné aux filles ou aux bébés. Parce que ça aussi vous l’avez probablement déjà entendu aussi: quand ils sont petits, on ne fait pas la différence, tu peux lui mettre ce que tu veux. Et si tu ne veux pas de rose ni de bleu, prends du gris. Super.

Très tôt son papa et moi savions que nous ne voudrions pas spécialement un dressing non genré ni forcément dénué de bleu. Mais au choix déjà restreint des vêtements s’est ajouté celui des couleurs. Sombres la plupart du temps. Alors sans baisser les bras on cherche et sélectionne des tenues qui nous plaisent, s’accordent à ses cheveux clairs et son regard bleu azur. De manière générale il n’a pratiquement aucun vêtement à motifs autre que des rayures ou des animaux. Pas de voitures ou de messages tels que « Fort comme papa » ou « Je suis le plus beau ». Blanc, gris, beige, brun, noir. Mais aussi rouge, vert, safran, bleu, rose. Bref on mise sur des matières confortables et beaucoup de couleur.

Les voitures pour les garçons, les poupées pour les filles

Ce jouet est-il pour les filles ou pour les garçons?

A-t-on besoin de ses organes génitaux pour jouer avec?

– OUI: ce n’est pas un jouet pour enfant

– NON: ce jouet est aussi bien pour une fille que pour un garçon

Et en fait c’est tout.

Mais à côté de cela je vois bien que certaines pratiques ont la peau dure. Aux garçons les jeux/jouets d’extérieurs et d’action (sauve le monde et part à la conquête d’une nouvelle galaxie). Aux filles ceux d’intérieur et davantage manuel (toi aussi dessine la mode et fais ton bracelet d’amitié). Ces messages me dégoûtent. Toi mon gars tu dois être fort, tu dois te bouger et conquérir. Manges le gâteau mais ne joues pas à la dinette, faudrait pas que tu deviennes une tarlouze.

Et ta ma chérie, sois gentille. Reste calme, ne fais pas de bruit. Sois gentille. Ne touche pas ce ballon, tu vas salir ta robe. Ou alors seulement pour faire semblant d’avoir un bébé dans le ventre. Tu ne vas pas te déguiser en cow-bow quand même, tu seras une princesse. Une gentille princesse.

À nouveau le sujet des jeux/jouets n’est pas le même pour un bébé ou un enfant. On veillera à l’éveil des tout-petits, la découverte de leur environnement, le développement cognitif et l’apprentissage de l’autonomie. Mais je sais que c’est maintenant qu’il nous faut préparer les années à venir et l’initier aux jeux collaboratifs, aux jeux d’extérieurs en équipe mixte, aux activités manuelles qu’il s’agisse de bricolage, de jardinage ou de cuisine et de dessin. Et au pouvoir des livres.

Appeler un.e chat.tte un.e chat.te

J’ai un jour lu, je ne sais plus où, que lorsqu’un enfant demande sans cesse à l’adulte « pourquoi, et pourquoi ? » ce n’est pas tant la réponse qui l’intéresse que la faculté de l’adulte à pouvoir lui répondre quelque chose, lui démontrer que toute chose à une explication. J’ajouterai pour ma part qu’à défaut d’avoir réponse à tout on peut s’appliquer à avoir les bons mots et à réfléchir ensemble à la réponse.

Je me souviens que petite je me sentais toujours très mal à l’aise quand j’entendais parler du kiki, du zizi ou de la fleur (pitié). Comment envisage-t-on sérieusement que les enfants ne deviennent pas des adultes névrosés ou à côté de la plaque en matière d’éducation sexuelle et de rapport à l’autre si on ne parvient pas à leur parler honnêtement ? Je n’ai jamais saisi le malaise à utiliser les mots pénis, vulve ou anus pour ce qu’ils sont, des termes anatomiques et non des propos graveleux. Les enfants ont des yeux, des oreilles… mais auraient un zizi ou une fleur ?

Je veux prôner l’égalité homme-femme mais je veux aussi faire comprendre à mon fils que l’égalité ne signifie pas absence de différence. Nous sommes égaux dans le fait d’être différent, l’autre possède ce qu’il nous manque. Notamment des organes sexuels visibles et cachés. Et je suis convaincue que les nommer, parler de sexe sans honte ou du moins lui faire comprendre que le sujet n’est pas tabou à la maison peut éviter des mythes délirants et autres représentations tronquées sur la sexualité.

R.E.S.P.E.C.T.

Find out what it means to me

Et pourtant en ayant dit tout cela, on n’en apprend pas plus sur ce qu’est un homme. Peut-on avoir un pénis et ne pas se sentir homme? Et si on en a un mais qu’on ne parvient pas à avoir d’enfant, qu’est-on? Un homme peut-il aimer un autre homme? Est-ce qu’un homme n’en est pas un si il porte du maquillage? Faut-il boire de la bière et regarder du foot, être en colère et jamais triste?

En tant que femme, je vois, je vis directement ou non, tout l’honneur ainsi que le désarroi que me confèrent mon sexe. Je n’ai jamais considéré qu’être une femme était une plaie mais soyons honnêtes ce n’est pas un long fleuve tranquille. Stéréotypes, remarques salaces, différences salariales, violences en tout genre et j’en passe.
Mais je me dis également qu’il n’est pas spécialement plus rassurant d’être un homme. Je pense à mon petit garçon et je me demande s’il pourra regarder quelqu’un sans qu’on pense de lui qu’il est un pervers observant sa proie ou provoquant l’ennemi. Osera-t-il vivre ses passions et ses sentiments sans peur d’être rejeté. Différent et accepté. Sera-t-il reconnu à son mérite, son implication ou juste à son genre ?

« Deviens qui tu veux » lui a dit son papa pour célébrer sa naissance, j’ai ajouté « tu peux ne pas aimer ni comprendre quelqu’un ou quelque chose, tu dois toujours le respecter, et plus encore, te respecter toi-même ».

En fait je ne sais pas ce qui fait que tu seras un homme mon fils, ni même qu’on ne naît pas femme, on le devient. En revanche j’ai une idée de ce à quoi le respect ressemble et je connais le visage de mes erreurs. Puisse-t-il les reconnaître et les éviter. Nous n’essayons donc pas de faire de notre garçon un féministe ni un macho mais un individu bien dans son corps et dans sa tête, respectueux de lui-même et des autres.

À écouter: l'émission "j'élève mon fils" du podcast Les couilles sur la table. J'y ai retrouvé pas mal d'éléments de réflexion que je partageais déjà. Je vous invite à découvrir l'analyse qui y est longuement faite et notamment sur nos "comportements automatiques" à l'égard des filles et des garçons quand bien même on pense faire attention. Comment complimenter autrement qu'en faisant référence à l'apparence, pourquoi féliciter une fille qui accède à des domaines associés aux hommes (foot, sport de combat, automobile,...) et dévaloriser un garçon qui manifesterait de l'intérêt pour la danse, l'art floral...Promotion pour les unes, régression pour les autres. 

A découvrir: "Pour que les petits garçons puissent être et aimer ce qu'ils veulent, sans qu'on les emmerde"

Maman, rodarde! c'est un blog que j'apprécie beaucoup et sur lequel son autrice a réalisé et partagé un outil MAGNIFIQUE: des dépliants d'autodéfense antisexiste. "Est-ce que les garçons peuvent avoir les cheveux longs / mettre du vernis / aimer le rose etc...avec en guise de réponses à ces questions des images représentants des situations courantes ainsi que des personnalités publiques. Et idem pour les filles!
https://mamanrodarde.com/2017/09/08/pour-les-petits-garcons-puissent-etre-et-aimer-ce-quils-veulent-sans-quon-les-emmerde/



2 commentaires

  • Gwen M

    Merci pour cet article, Kimberby. Je l’ai lu avec attention, d’abord pour moi-même et puis je l’ai partagé avec mon mari. On se faisait tous les deux la réflexion qu’il était vraiment intéressant et empli de sagesse.

    Tu as raison, nous vivons dans une société qui reste profondément sexiste (d’où ce marketing genré qui reste tellement prononcé, tant dans les jouets que dans le secteur de l’habillement), et c’est probablement vrai que l’on éduque différemment nos enfants selon leur sexe, qu’on le veuille ou non. Et même si ce n’est pas ce que l’on souhaite faire… bien au contraire.
    Dans l’épisode que tu conseilles du podcast Les couilles sur la table, Aurélia Blanc nous rappelle que l’on a été façonné par des stéréotypes et ceux-ci guident nos interactions, nos interprétations, notre langage dès les premières interactions avec l’enfant, même in utero. C’est réellement vertigineux de réaliser tous ces mécanismes dont on est malheureusement inconscient (« le sexisme n’est pas présent chez moi, le sexisme, c’est les autres »).
    Ces questions concrètes qui interrogent nos manières d’interagir avec nos enfants (et avec les autres) sont déjà le premier pas vers l’éducation d’un enfant conscient des inégalités.

    En ce qui concerne les jeux et jouets, on a toujours prêté une attention particulière à ceux-ci. Je crois que c’est Erikson qui disait que le jeu et le jouet sont le travail et l’outil de travail de l’enfant. D’où l’importance primordiale du choix de ceux-ci, tant dans le développement neuro-cognitif, perceptivo-moteur, que sur le plan de l’apprentissage de clés pour décoder et initier les interactions sociales. Notre petit homme a hérité de nombreux jouets de sa grande sœur, ceux-ci étant généralement non genrés (c’est le cas notamment de leurs nombreux bouquins), mais pas uniquement… J’aime bien cette idée qu’éduquer, ce n’est pas censurer. Ou plutôt, c’est « ne pas censurer ».
    C’est fort, comme idée.

    Notre but devrait être d’amener ces merveilleux petits êtres à devenir des adultes conscients des différences, mais bien dans leurs baskets, libres de leurs choix. Et là, je me rends compte que ce qui reste difficile, c’est aussi ce qui est hors de notre portée. Notre fils fait l’école des arts et jusqu’il y a peu, il était un des seuls petits garçons. Il dessinait tandis que ses copains de classe faisaient presque tous du hockey, et je t’avoue que le poids des représentations sociales a été malheureusement bien bien présent. Sans compter les aspects émotionnels liés à l’art: un garçon qui « est » dans l’émotionnel reste un peu « dans la marge ».

    Dans cette idée de tolérance, les activités en équipe et les mouvements de jeunesse dans des unités mixtes sont à mes yeux de réelles richesses. Les activités se font dans la collaboration et la coopération, que l’on soit fille ou garçon, avec l’idée de permettre aux enfants d’apprendre à s’exprimer, à écouter les autres, à prendre des décisions et à les respecter pour la vie du groupe.

    Il y a tant de choses à faire, tant de réflexions à avoir et vraiment, je suis prise de vertiges en réalisant que j’ai très certainement moi-même un prisme qui a filtré inconsciemment mes interactions…

    • KimberlyEcrit

      Merci d’avoir pris le temps de me lire et de me répondre!
      Je pense que nous devons faire preuve de tolérance envers nous-mêmes, personne n’est parfait et/ou n’a vocation à le devenir. Si déjà nous avons conscience de ces « filtres » alors nous pouvons aussi y être attentifs et nous interroger: comment se sont-ils imposés à nous, comment les reproduisons-nous, comment les éviter,…agissons là où cela est possible, à petite échelle si cela doit être ainsi mais agissons.

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